La Passion du Christ... Bon, je vois déjà tous les septiques qui, rien qu'en regardant l'affiche se disent putain, encore Hollywood qui sait pas quoi foutre et qui est obligé d'adapter des faits que je considère comme sacré (d'autant plus que pour une fois, Hollywood nous a lâché la grappe, et on a le film d'un réalisateur, chose (très) rare de nos jours) ou alors J'ai vu 3 images du film, il saccage la vision réelle dans un bain de sang. Enfin, vous l'aurez compris, tous ces préjugés énervent, et pourtant, gagnent à conquérir les lecteurs... Allez comprendre, juger un film sans l'avoir vu...

La question que tout le monde se pose : Non le film n'a rien d'antisémite. Pour vous donner une idée, il l'est autant que le dernier Clara Morgane (les connaisseurs vous le confirmeront). Ce film n'accable en rien la population juive, puisqu'il ne fait que nous rappeler une histoire vielle de 2000 ans, dans laquelle les Grands Prêtres juifs ont livré le Christ aux Romains. Il pousse autant à la haine juive que Jeanne d'Arc pousse à la haine Chrétienne. Ce film nous rappelle seulement la condamnation de Jésus, auxquels les Juifs ont participé. D'autant plus que si on se met à la place des Juifs, la mort du Christ est tout a fait justifiée. Dans n'importe quelle religion, ce genre de blasphème était puni, et les Chrétiens/Inquisition n'étaient pas les derniers dans cette matière... Enfin bon, yaura tjs des abrutis pr aller voir de l'antisémitisme là-dessous hein...

Mais ce qui est fort dans le film, c'est la cruauté des scènes, le réalisme. Rarement je n'aurais été aussi étonné devant des scènes comme la flagellation ou sa crucifixion. Rarement on aura vu des scènes comme cela, montrées sans aucune censure. Mais le prix a payer est que ce sont des scènes difficilement regardables par tous le public. Certains y verront même une marque de sadisme, mais comme je l'ai dit, c'est le prix à payer quand on veut tout montrer. Après il y aura toujours ce qui n'auront vu que 3 images du film sur un site et qui qualifieront ce film de bain de sang...

Un des objectifs de Gibson était de nous faire partager la douleur du Christ. Et là, il a réussi ! On est vraiment pris dans le film. Mais là où ça étonne, c'est que ce n'est pas l'hémoglobine présente qui fait cet effet. Ce n'est pas en voyant Jésus souffrir sous la flagellation ou pendant sa crucifixion qu'on sens aussi sa douleur, c'est pendant tout le reste. Les phrases sorties de sa bouche sur la Croix (Pardonnez-les Père, ils ne savent pas), le sadisme dont les Romains ou le peuple Juif éprouve à son égard (le Chemin vers la Croix), son jugement, ou même quand il se relève de sa flagellation suffise amplement pour que sa douleur nous soit partagée. Ra jouter à cela les nombreux flashbacks visant à intensifier l'impact émotionnel, et le compte y est. Seulement, certains préféreront ne rester qu'à la violence directe des images...

Pour apprécier ce film, le regarder une fois ne peut suffire. Il m'a fallu le regarder une seconde fois pour y comprendre les messages cachés, les réflexions. Pourquoi Jésus, l'homme le plus pacifiste du monde (Ceux qui vivent de l'Epée, meurent par l'Epée) meurent-ils de façon aussi cruelle et barbare ? Pourquoi a t-il tant souffert pour sa mort ? Malgré toutes ses épreuves qu'il a subi, Jésus a pardonné à des assassins, jamais il n'a cédé à la tentation (Satan). Pourquoi priait-il pour ses assassins sur la croix ? (Aime tes amis, et prie pour tes ennemis). Et si on va plus loin encore dans le film, on peut se demander pourquoi l'humanité est-elle toujours aussi violente, si ce n'est plus, de nos jours ? Ahhhhh non ya trop de sang que disent les critiques. On peut aisément leur répondre d'ouvrir les yeux et de regarder dans le monde dans lequel on vit aujourd'hui...

Artistiquement, le film frôle la perfection. Le jeu d'acteur est époustouflant. Jim Cazievel (magnifique dans La Ligne Rouge) est vraiment ancré dans son rôle, il est on ne peut plus crédible. Il ne joue pas le Christ, il est le Christ. Quant aux autres acteurs, ils sont très bien distribués, de l'acteur au figurant. A noter, la performance des acteurs jouant Pierre et Judas, qui personnellement, m'a bluffé. Les scènes du film qui restent dans ma tête sont avec ces deux acteurs, et non avec Jésus. Les entendre en vois originale ajoute vraiment de la crédibilité. Une excellente idée que de laisser les dialogues en Hébreu/Araméen/Latin. Le jeu d'acteur est tellement bon, que pour certaines scènes, les sous-titres sont superflus.

Ajoutez à cela des maquillages sublimes (mais qui ne seront reconnus et récompensés par personne à tout les coups), de très bon effets et trucages. Le tout sous la caméra de Mel Gibson qui prend plaisir à styliser son film, à lui donner de la gueule. Car oui, le film en a ! Il est visuellement inédit. Il joue beaucoup sur les effets de caméra, nous la bouge de manière à styliser, à sacraliser une scène. Les ralentis et les halos de lumières sur les acteurs viennent peaufiner le tout.

Mais le film n'est malheuresement pas exempt de défauts. Est-ce le film parfait ? Hélas non. Déjà narrativement, ça craint. Représenter les 12 Dernières Heures de la vie de Jésus, en un film de 2 heures, il était évident que ça n'allait pas marcher. Des scènes traînent, comme le Chemin vers la Croix, beaucoup trop longue. Le film aurait gagné à être soit plus court, soit narrativement plus long, en ne racontant pas que ses 12 dernières heures. De plus, ce choix ne permet pas à tout le monde de vraiment comprendre l'histoire. Les flashbacks ne suffisent pas à tout comprendre.

Après la musique... rha, quelle horreur ! Non franchement, il y a un manque de parti pris de la musique. Je prend l'exemple de la crucifixion, la musique m'a étonné... Tantôt c'est une musique de "triste", tantôt une musique de "heureuse". Et ça sur la même scène. Faut savoir ! On la représente de manière triste ou heureuse sa crucifixion. Non globalement, la musique est plutôt sympa, mais vraiment mal utilisée.

Et pour finir, on peut se demander si Mel Gibson n'en fait pas trop. Le Christ passe pour un Martyr presque... Cette violence visuelle était-elle nécessaire ? Sachant que les émotions, le dégoût, la douleur du Christ, passe beaucoup plus dans les images que dans l'hémoglobine. Etait-ce nécessaire que le Chemin vers la Croix soit si long, et donc si pathétique. Pour finir, j'ai trouvé qu'il a tendance à sacraliser trop. Dès qu'il le peut, il opte pour un ralenti, pour un halo, pour un mouvement de caméra pour sacraliser son film. Mais tout ça est-il de trop ?

Pour conclure, on a un film visuellement inédit, non censuré, tant par son fond, que par sa forme. On a le film que Mel Gibson voulait (je précise que c'est un des rares films que j'ai vu où le réalisateur fait ce qu'il veut sans que les producteurs viennent le faire chier, et pour cause, c'est lui qui a produit ce film. Une absence d'Hollywood dans un film, ça fait du bien !). Mais le film, et c'est la conséquence directe de ses choix, n'est pas impressionnable par tous le monde. La cruauté présente peut être dure aux yeux de certains. De plus, certains ne se contenteront que de l'hémoglobine pour juger. Alors soit on reste dans ce premier abord, soit on va plus loin dans le film. Quoiqu'il en soit, La Passion du Christ est un film à voir, en bien ou en mal. Mais une chose est sûre, on n'en sort pas indifférent.

5/6